Les grandes enseignes chassent les rayons de Noël au profit du « Blanc », ventes de draps, éponges et linges de maison divers et variés.

 

Si nous sommes rodés aux combines de ces gros complexes commerciaux, il n’en demeure pas moins que nous ayons oublié les origines de cette pratique mais aussi le sens de ces ventes soit disant exceptionnelles. Pour vous éclairer, je vous invite à parcourir l’étude développée dans le blog « du miel et du sel »  très intéressant essai sur les origines du « Blanc ». Pour d’autres, ce serait Aristide BOUCICAUT, pionner dans la création du Bon Marché ancêtre de nos grands magasins, qui a planté les jalons de la vente par correspondance, de la publicité, du management et de la mise en place des produits qu’il met en vente. Par ailleurs, pour dynamiser la période creuse post fêtes de fin d’année, il lance « la semaine du blanc »….

 

Cette ellipse étant faite, je peux en revenir à l’objet premier de mon billet, celui du monde de ceux et celles qui ont contribué par leur dur labeur à la création de ce linge, son entretien.

 

Aujourd’hui, je vous offre le portrait de mon arrière-grand-mère, Julie Adolphine DEMEULENAERE.

 

Le 14 novembre 1870, elle naît à l’Hôpital Saint Sauveur, situé au 99 rue Saint Sauveur à Lille.

 

Sa mère, Florine Joséphine DUBAR, est âgée de 23 ans. C’est une jeune femme non mariée. Elle réside alors au 4 rue de Marseille à Lille, dans un quartier populaire « Moulins ».

Elle vivra 10 mois avec le patronyme de sa mère (DUBAR) et sera légitimée par le mariage de sa mère Florine avec Jules Benjamin DEMEULENAERE, un matelassier qui deviendra au fil de temps rémouleur en fer, journalier.

 

Jules est-il le père biologique de Julie ? Aucune idée mais il me semble qu’à cette époque, procréer hors mariage n’était pas si anecdotique dans le monde ouvrier et de surcroît  dans les grandes villes. Le fait que Julie porte un prénom proche de celui de Jules peut laisser envisager qu’il aurait pu être son père.


Ainsi, Florine et Jules s’unissent le 9 octobre 1871 à Lille, mariage qui légitime immédiatement dans l’acte de leur mariage la petite Julie, qui quitte le patronyme DUBAR pour celui de DEMEULENAERE.

 

Le couple DEMEULENAERE/DUBAR donnera vie successivement à 3 autres filles et un garçon dans l’ordre suivant :

 

-      Catherine Adolphine Josephe née en 1874

-      Jeanne Juliette née en 1876

-      Céline Amélie née en 1879

-      Jules Louis né en 1883.

 

Revenons à Julie, mon aïeule. Elle suit ses parents dans leurs différents logements, tous situés dans des quartiers populaires et ouvriers, nul doute par nécessité d’offrir des lieux un tant soit peu plus adaptés à une famille de 7 personnes ou bien encore, fonction du coût du logement et rapports avec leur propriétaire. Ainsi elle vit successivement :

 

-      4 rue de Marseille, Lille-Moulins (1870)

-      41 rue de Marseille, Lille-Moulins (1871)

-      3 Place de Condé, Lille-Moulins (1879)

-      5 Place de Condé, Lille-Moulins (1883)

 

Comme ce fut souvent le cas dans le milieu ouvrier fin 19° siècle, Julie fut mise rapidement au travail tant dans la gestion domestique pour seconder sa mère Florine, qu’au monde de la « buée », suivant la profession de sa mère, blanchisseuse de sa condition. Aînée de 4 autres enfants, Julie est vite propulsée dans un monde difficile, qui plus est lorsqu’on vit dans le Nord ; en plein hiver, battre le linge dans l’eau glaciale et des conditions plus que sommaires, ça rend trop vite « grand ».

 

         Le 20 février 1892, elle donne naissance à son premier enfant, Céline Jeanne, au sein de l’Hôpital « la Charité » à Lille. A l’instar de sa mère, Julie devient mère « hors du mariage » à 21 ans.

 

Julie habite à la naissance de son enfant la Rue de Douai à Lille, non loin du domicile de ses parents.

 

Elle s’unit le 03 septembre 1894 à Lille à Michel Casimir DAMIE, originaire des Hautes Pyrénées (65), qui dans sa traversée de le France, s’était arrêté à Guipy (58) pour se marier à Antoinette PONGE, épouse avec qui il remonte à Lille, quartier Saint Sauveur  en 1879. Cette dernière décède en juillet 1889 à l’âge de 31 ans. Quelques mois après cette disparition, il rencontre Julie, lui résidant alors au 35 rue Malsence à Lille-Fives.

 

Du couple DAMIE/DEMEULENAERE naitront 3 enfants :

 

-      Alfred Désiré, né en 1897

-      André Jeanne née en 1911 (ma petite grand-mère)

-      Et Hélène ma tante.

 

Des lieux que mon arrière-grand-mère occupera, je note :

 

-      49 rue des Processions à Lille-Fives, connue sous la rue Francisco Ferrer aujourd’hui – anecdote : de retour de ma naissance à la maternité, je suis venue avec mes parents habiter un appartement dans cette même rue…)

-      20 rue de la Marbrerie à Lille-Fives

-      Rue Malsence, Cité Lys, n°56 (cité ouvrière dans laquelle j’ai grandi auprès de ma grand-mère Andréa quand mes parents me confiaient à elle)

 

Mon arrière grand-père Michel décède en 1913 à l’âge de 58 ans. Julie se retrouve veuve de 42 ans, ayant à sa seule charge ses enfants respectivement âgés de 21, 16, 10 et 2 ans.

 

Elle décède en 1939. Elle est inhumée dans le cimetière de Lille Est. Sa tombe est un pauvre carré, à même la terre.

 

         Je retiens de mes souvenirs de mes conversations avec ma grand-mère Andréa que sa mère Julie l’a trop vite coupé de l’école et son monde « préservé » pour aller travailler, ramener l’argent à la maison. Je n’ai possède pas  de photos de Julie, se faire photographier devant être à l’époque un acte futile car trop onéreux. Puis, les successions ont dû éparpiller les photos des « ancêtres ». Bref. De cette aïeule Julie,  je n’ai que le souvenir émanant de ceux offerts par ma grand-mère, d’une femme laborieuse, rude, revêche. J’ai beaucoup d’affection pour elle, m’autorisant à me décaler des représentations de mon 21° siècle… j’ai des réminiscences de certains mots, ressentis et sensations de ma grand-mère, dans le métier de sa propre mère :  le labeur, la dureté de la vie, le froid, la saleté du linge des nantis qui confiaient alors leur linge à laver et repasser à mon aïeule, l’onglée dans les bacs d’eau froide, la vapeur étouffante du repassage, l’amidon qui colle, le transport du linge lavé, plié dans les paniers en osier…

 

Voilà une triste vie !

 

De cette arrière-grand-mère, je ne connais que le pauvre carré de terre qui l’ensevelit… Petite, j’allais avec ma grand-mère ratisser le dessus de sa tombe et la fleurir pour la Toussaint. Mes souvenirs de cette époque sont souriants, joyeux et apaisés… Lorsque je passe devant ce cimetière,  mes pensées vont rejoindre ces femmes, Andréa, Julie….. Et à chaque séance de repassage, j’ai une pensée pour Julie et ses compagnes…