Je vous présente aujourd'hui les informations et éléments recueillis, de l'histoire d'Ignace GADENNE,mon SOSA 104, de la 7ème génération de mon arbre.  

Pour commencer cette narration, un petit détour s'impose sur sa mère, Thérèse GADENNE, parfois mentionnée dans les actes en qualité de Marie Thérèse Josephe GADENNE ou parfois Thérèse GADENNE, en toute simplicité. 

Thérèse est issue d'un couple de journaliers, Antoine Joseph GADENNE et Anne Toinette Joseph LEFEBVRE. originaire respectivement de Flers et Annappes. Aujourd'hui, ce sont deux quartiers d'une ville nouvelle qu'est Villeneuve d'Ascq (Code INSEE : 59009). 

Sous l'Ancien Régime et jusqu'aux années 1970, ce sont deux paroisses et communes distinctes. 

 

cassini, Flers et Annapes Ici, sur les cartes de Cassini, Flers et Annappes apparaissent comme étant deux paroisses voisines. 

Antoine et Anne Toinette  se marient le 29 janvier 1789 à Annappes. Ce couple avait donné vie avant ce mariage à deux enfants jumeaux, nés le 09 aout 1788 et décédés tous deux 3 jours plus tard et inhumés dans le cimetière d'Annappes. Suit la naissance de Thérèse le 21 décembre 1789, puis celle d'un petit Augustin en décembre 1792 qui décède à son tour en bas âge, à même pas 2 mois de vie. Toinette quant à elle décède en septembre 1793, Thérèse est alors âgée de 4 ans, elle reste le seul enfant de ce couple. Son père Antoine se remarie à Hem avec Victoire BAUVOISE à peine un an après le décès de sa première épouse. Ce couple aura 5 enfants. Victoire élève Thérèse jeune fillette, au point que dans certains actes, Victoire est mentionnée comme étant sa mère, effaçant peu à peu Toinette de la vie de cette enfant. 

Voilà pour ce qui est de la prime enfance de Thérèse. On découvre dans les registres BMS d'Annappes que Thérèse alors âgée de 19 ans donne vie à une fille elle aussi nommée Thérèse, née le 18 mars 1808. C'est Antoine, son père et l'aïeul de l'enfant, qui réalise la déclaration de la naissance à la Maison Commune d'Annappes. Cette enfant est née illégitime, le père nullement mentionné. Je perds trace de la petite Thérèse à compter de cet acte. 

Nous retrouvons Thérèse en 1812 à l'occasion de la naissance de son fils Ignace, personnage qui nous importe principalement dans ce billet. Thérèse GADENNE réside alors rue des urbanistes à Lille, une rue qui côtoie une bien triste et célèbre institution qu’est celle de l’orphelinat dit des « Bleuets ».

Rue des urbanistes Lille, crédit photo : Pierre André LECLERCQ

Rue des cannoniers et des urbanistes

 

 

 

 

 

 

 

Alors que sa famille vit à Annapes en cette époque, qu’est donc  venue y faire Thérèse hormis fuir la honte d’une grossesse dite être le fruit d’œuvres hors le mariage ? Car, c’est dans ce contexte que naitra Ignace, n’ayant pour parent déclaré que sa mère, comme tel est mentionnée sa filiation dans son acte de naissance. Pour mémoire, Thérèse a déjà donné la vie à un enfant né hors mariage à Annappes en 1808.  

         Ce jour du 10 janvier 1812, Thérèse ressent les prémices du travail et se rend non sans mal en l’hospice-général situé alors à un kilomètre à pied. Enroulée dans sa modeste pelisse, elle prend garde aux pavés qui sous l’effet des calèches et transports divers, tendent à saillir et se dresser comme autant d’obstacles, et qui plus est, glissent sous cette bruine qui ne cesse de tomber depuis le lever du soleil. Thérèse ne cesse de songer à sa solitude, au désarroi dans lequel elle s’est plongée en déshonorant sa famille une deuxième fois. C’est seule qu’elle affronte désormais la vie, jeune femme d’alors 22 ans.

Sans le sou, ou presque, Thérèse loue ses bras au travail qui se présente au jour le jour. Elle ne peut s’offrir l’aide d’une accoucheuse à domicile. Isolée, elle ne compte pas d’amies pouvant lui venir en aide. Elle n’a d’autre choix que celui de se diriger vers l’hospice-général sur le quai de Basse-Deûle. Réservé aux indigents, aux malades, aux orphelins, elle se résout à cette issue bien qu’il est colporté d’ici et là que le « Bleu tôt » compte toute la vermine qui puisse exister (Bleu tôt est l'expression consacrée signifiant le toit bleu, l'hospice général comportant un toit dont la couverture en ardoise se veut bleue)

 

Edmond Jamois, 1876-1975

L’imposante bâtisse écrase le badaud qui y rentre mais pour l’heure, Thérèse n’a guère le temps de s’accorder une ballade, étant acculée par l’enfant qui se trouve fort pressé de poindre son nez. 

 Ainsi, Ignace voit le monde à Lille, le 10 janvier 1812. S’il a été conçu lors de ce fameux été caniculaire de 1811, la première sensation qu’il ressent en ce bas monde est le froid glacial qui l’accueille. Ignace est un enfant vigoureux. Le destin n’est pas toujours aussi généreux pour ses congénères nés dans les circonstances et lignées similaires, pour preuve les registres de l’Etat Civil qui consignent les décès d’enfants en bas âge, confiés à la charge de la ville. Mais Ignace est résistant, de forte et solide condition. Il vivra.

Nul ne sait aujourd’hui les premières années qu’il vécut mais plusieurs indices démontrent que sa mère l’ait abandonné et qu’il ait été élevé par l’assistance :

- Registre de l'Hospice général de Lille, année 1812 : Ignace est abandonné le jour de sa naissance, à 10 heures du soir, portant pour toute déscription "enveloppé d'une chemise avec de mauvais morceaux de dentelle au col, un mauvais capot de laine tricoté, deux linges, un morceau de toile d'embalage, un bonnet d'Indienne brun et blanc avec dentelle noire, un billet portant les noms d'Ignace Joseph Gadene, non baptisé". Il a été confié en nourrice à Templemars chez la veuve de Jean Baptiste Brisac (décédé à Templemars le 20 septembre 1809), Julie Joseph CHAVATTE. 

 

http://geneanneogie.free.fr/pdf/rep1812_6.34Mo.pdf

http://geneanneogie.free.fr/pdf/rep1812_6.34Mo.pdf

http://geneanneogie.free.fr/pdf/rep1812_6.34Mo.pdf

http://geneanneogie.free.fr/pdf/rep1812_6.34Mo.pdf

 

 

- Thérèse a rejoint le domicile paternel à Hem et s’y marie avec Amand PICAVET en décembre 1814. Henri Joseph PICAVET nait de cette union le 06 mai 1815, à Flers.

AM PICAVET-GADENNE Flers, 29.12.1814

 

- Par ailleurs, dans l’acte de mariage d’Ignace, il est mentionné l’annexion d’un acte de consentement de l'Administration des Hospices de Lille, remplissant les fonctions de tutrice des enfants à la charge de l'administration et formant le conseil de famille à leur égard. Ainsi, le 24 septembre 1833, Ignace s’unit à Julie VANDEZANDE à Neuf Berquin. Il est précisé qu’il exerce alors le métier de tailleur d’habits.

AM GADENNE-VANDEZANDE, 24.09.1833, Neuf Berquin

 

 

A l’instar de ces enfants « assistés », Ignace a été éduqué avec pour let-motif sa propre subsistance. Ainsi, ces enfants étaient souvent confiés en « nourrice », à la campagne  pour y gagner leur pitance, y apprendre un métier. Il est précisé dans le rapport de M. J. J. Regnault-Warin : " Les garçons, pour la plupart, apprennent les métiers de tailleur, de cordonnier et autres. Quelques-uns, demandés par des ouvriers de la ville, y reçoivent les éléments de différents états. Le costume de ces enfants, très délabré dans les jours de travail, mais assez propre aux jours de-fêtes, est brun avec un collet jaune". 

Le futur beau-père d'Ignace, Jacques Benoit VANDEZANDE est lui-même tailleur d’habits. Dans quelle mesure Jacques a-t-il recueilli après son passage à Templemars cet enfant qu’était Ignace, lui a-t-il appris son métier pour plus tard lui offrir la main de Julie, sa fille ?

         Quelque peu sans famille, Ignace convole en justes noces en 1833 où tous les témoins de son union sont liés à sa future : François BOULET (cousin de la mariée), Prosper VANDEZANDE (frère de la contractante), Jean Baptiste LECOMTE (cousin germain à la dite épouse) et Auguste Joseph VANDEZANDE (frère germain à la dite épouse).

Ignace fait sienne cette famille, originaire de Watou, commune de l’ancien département de la Lys, aujourd’hui appartenant à la région des Flandres Occidentales en Belgique.

         Installé depuis quelques années sur le territoire des Flandres intérieures, Ignace fait sien cet environnement, hautement impacté par une production textile séculaire. Il s’y installe pour y fonder sa propre famille avec Julie, alors fileuse de lin. Naissent de cette union Achille Zéphir en 1834, Reine Judith en 1838, Honorine en 1841, Julie Claire en 1847 et Marie Zénobie en 1852.

Ignace vivra avec sa lignée à Neuf Berquin, Estaires pour finir sa vie au Doulieu où il y décède à l’honorable âge de 78 ans en 1891. Sa femme Julie disparait en 1892.

 

Carte des migrations d'Ignace

(1: Naissance d'Ignace et domicile de Thérèse GADENNE à Lille, 2: Mise en nourrice d'Ignace à Templemars, 4 : domicile et lieu de naissance des enfans d'Ignace à Estaires, 5 : dernier lieu de vie et décès d'Ignace et de son épouse au Doulieu)

Quelle étrange destinée que celle d’Ignace, enfant délaissé à l’assistance, ayant survécu aux terribles conditions d’existence qu’on lui offrait alors.

         L’histoire d’Ignace est la première à m'avoir offert la découverte dans ma propre généalogie d’un enfant délaissé. Je perds trace de Thérèse après son mariage et la naissance de son fils Henri Joseph. Sur les communes susceptibles de l’avoir accueillie pour vivre sa seconde vie, celle d’une femme honorable, aucune trace ne m’est apparue de son décès, de celui de son époux Amand ou de son fils Henri Joseph. De même, sa fille Thérèse disparait n'ayant pas trouvé d'actes à son sujet. 

 Je ne suis pas parvenue à remonter plus loin mes recherches sur le dossier d'Ignace susceptible de me renseigner sur son parcours jusqu'à son mariage. Je ne perds pas espoir. Je reste intriguée par le fait que Thérèse ait accouché dans l'hospice général pour abandonner quelques heures plus tard son enfant alors que d'autres femmes à l'époque même laissaient l'enfant dans la tour d'abandon ou sur le perron de l'institution à qui elles confiaient l'enfant. J'ai la chance d'avoir pu remonter mes recherches généalogiques au dessus de l'enfant abandonné, la naissance d'Ignace ayant été déclarée par la sage femme quelques heures avant son abandon. Thérèse est-elle revenue plus tard sur les lieux de l'abandon? A-t-elle tenté de rentrer en contact avec Ignace? Nul le sait. 

Une question persiste à jamais, celle de savoir qui était ce père inconnu…. 

 

Sources : 

- Archives Départementales du Nord

- http://geneanneogie.free.fr/

- "Lille ancienne et moderne" , par M. J. J. Regnault-Warin

Illustrations : 

- Cartes de Cassini

- Photographie de Pierre André LECLERCQ (via Wikimedia Commons)

- Edmond JAMOIS, peinture