Une voiture peut en cacher une autre, et la mort s’y trouver ! ou le commencement d’une tragédie familiale générationnelle….

 

Découverte  de l’après-midi, celle de l’acte de décès de mon aïeul  Icaunais ou plus communément dit de l’Yonne. Je vous comte donc le récit de la fin de vie de Jacques HARDELET.

Jacques voit le jour en la paroisse de Saint Denis dans l’Yonne en  1776, fils issu du légitime mariage de Jean HARDELET, vigneron, et de Barbe MIGNARD.  Il passe la plus grande partie de sa vie à résider sur Sens avec son épouse Félicité PREVOST avec qui il s’unit en 1796  et avec qui il fonde sa propre famille.

Jacques sera au cours de sa vie sabotier et ce pendant plusieurs décennies, à l’instar des membres de la famille. Il est toutefois lettré et signe de sa superbe plume les actes concernant les moments clefs de sa vie, celle de sa famille :

 

234, Jacques HARDELET

 

Toutefois, il change de carrière et devient voiturier par terre ; il faut entendre ce métier comme l’équivalant aujourd’hui d’un chauffeur routier qui s’attelle à réaliser le transport  de marchandises  à l’aide d’une charrette, d’une voiture…

 

C’est dans le cadre de cette activité qu’il trouve brutalement et accidentellement la mort en 1830, à deux pas de son domicile Faubourg de Pregts à Sens, après avoir terminé sa journée de travail. L’acte de son décès est riche d’informations et de renseignements, éclairant les circonstances de cet accident mortel. En voici un extrait :

 

« Arrivé à Sens, faubourg de Saint Pregts, au lieu de la destination, des dits fagots, et se trouvant en sens contraire il se trouva tellement pressé qu'il mourût de suite, sans qu'il fût possible aux comparants de lui porter aucun secours. Le cadavre du défunt a été aussitôt transporté en son domicile, sur ordre de Monsieur le commissaire de police sus nommé, le décès a été par nous constaté .

 

A l'instant, Monsieur LAUDE, l'un des comparants, a requis Monsieur Elie BARDIN, âgé de 36 ans et demi, docteur en médecine, demeurant à Sens, de venir visiter le cadavre, ce en quoi il a obtempéré et nous a fait le rapport suivant :

 

"le corps présente tous les caractères d'une mort qui date au moins de 12 ou 15 heures, tels que le refroidissement général et la raideur de toutes les articulations. Il existe à la partie antérieure et latérale droite ainsi qu'à la partie postérieurement latérale gauche de la poitrine une ecchymose au centre de laquelle se trouve une dépression résultant de deux corps qui ont dû produire la mort par la compression qu'ils ont exercé sur le thorax"

 

Jacques a donc disparu brutalement, au détour d’une journée de travail, à l’âge de 54 ans, ce funeste jour de du 18 novembre 1830. Les témoins de son décès sont deux de ses fils, Hyppolite et Jean Louis HARDELET, son beau-frère Louis Joseph PREVOS, son gendre Joseph BAILLET, le commissaire de Police ayant instruit l'enquête de l'accident Albert LAUDE, Laurent AUBIEZ bourrelier de son état et Joseph ROBERT postillon de son still. Jacques laisse une épouse qui décèdera 15 ans plus tard sans s’être remariée, des enfants qui iront se marier sans avoir leur père à leur côté. Mon aïeule directe, sa fille Louise HARDELET, aura la chance de lui tenir le bras le jour de son mariage en 1828.

        

         Etrange loi de la nature, à compter de cet accident, la famille comptera sur cette souche précise, à chaque génération des morts précoces, survenues de décès accidentels, de maladies :

 

- son gendre, Joseph BAILLET décède à l’âge de 39 ans,

- son arrière-petit-fils, Félix Anatole LEFEBVRE  disparait en 1905, à l’âge de 40 ans, suite à une comique occlusion intestinale, qui aujourd’hui se guérit sans encombre (tournure de style sans mauvais esprit) mais qui au début du XX° amène Félix à être admis à l’Hôpital Tenon. Il y séjourne 11 jours avant de décéder, j’ose le dire, dans d’atroces douleurs,

- son arrière-arrière-petit-fils, Constant LEFEBVRE meurt le 30 mai 1937 à 38 ans, selon la légende familiale d’un choc thermique après l’absorption d’une boisson glacée en pleine chaleur caniculaire… Cette légende pour l’anecdote m’empêche encore aujourd’hui de boire froid quand il fait chaud, l’éducation familiale ayant donné pour héritage ses vives recommandations quant aux dangers de trop grandes amplitudes thermiques ! Le dicton « chat échaudé craint l’eau froide » fonctionne particulièrement bien sur ce dernier décès !

 En ce qui me concerne, férue de psychogénéalogie, je me suis découverte ces dernières années, une magnifique phobie des camions (un accident avec l'un d'entre eux en 2003 et dont je sus sortie indemne physiquement) et une capacité à me bloquer le thorax dans des moments de stress ou pic d'angoisses..... La lecture de cet acte m'a quelque peu chamboulée, vous le comprendrez en lisant ET le lien sur la psychogénéalgie ET  les circonstances du décès de cet aïeul qu'est Jacques... Tiens, tiens, c'est le prénom de mon parrain, tiens tiens, c'est aussi le prénom de ma marraine (mon deuxième prénom sur l'Etat Civil)