La magie des archives réside dans la multitude de leurs sources et leur variété tant dans leur nature et leur apparence. 

Une de mes découvertes de ce jour se trouve dans les fonds numérisés des Archives Nationales de France. Elle concerne une stupéfiante découverte en 2009 sur la ville de Drancy, dans la Cité de la Muette, lieu chargé d'une histoire lourde et sinistre. 

Petit rappel historique. Durant la seconde guerre mondiale, les Allemands occupent une partie de la France. Dès juin 1940, ils investissent la ville de Drancy et plus précisément, la Cité de la Muette est réquisitionnée. La machine Nazi occupe cette cité nouvelle datant des années 30 dont le projet innovant à l'époque visait à offrir une nouvelle conception du logis. Réquisitionnée, la Cité de la Muette est détournée de sa fonction initiale pour devenir un camp de prisonniers de guerre. Puis, dès 1941, elle devient camp de concentration. Hommes, femme et enfants juifs, communistes y sont enfermés, dans l'attente d'une déportation vers les camps d'Auschwitz, de Birkenau. Les sites suivants seront à même d'apporter les informations nécessaires pour approfondir ce sujet : 

- les archives de Seine Saint-Denis ont réalisé une plaquette fort riche sur la vie dans le camp de Drancy

- le Cercle d'étude de la déportation et de la Soah offre également des éléments poignants et étayés sur ce camp. 

 

A la fin de la guerre, la cité perpetue malgré elle son rôle d'internements puisque ce sont les collaborateurs de guerre qui y sont détenus. Certains d'entre eux étaient d'anciens gendames français, garants alors de la surveillance des populations emprisonnées durant la guerre et l'occupation. Les tours, qui faisaient alors le prestige de ce nouveau type d'habitat, sont détruites dans les années 1970. Le reste de la cité  recouvrera sa vocation première, l'habitat à vocation sociale. 

Revenons à notre époque. C'est en 2009, lors de travaux diligentés par l'office en charge de la gestion des immeubles portant sur le changement d'huisseries, que des graffitis ont été mis à jour. Voici le descriptif qui est fait de cette découverte sur les Archives Nationales : 

" C’est lors du changement d’une partie des huisseries, en 2009, que ces graffiti ont été découverts. Inscrits sur des carreaux de plâtre servant de contre-cloison, ils ont été déposés soigneusement et stockés par l’Office public de l’habitat de Seine-Saint-Denis et restaurés sous la responsabilité scientifique du service du Patrimoine culturel du département de la Seine-Saint-Denis en 2010.Ces carreaux liés au bâti bénéficient du classement au titre des Monuments historiques (25 mai 2011).Les Archives nationales conservent en tout 84 carreaux de plâtre provenant de la Cité de la Muette parmi lesquels 73 seulement comportent des graffitis."

 

"Ces graffiti ont été inscrits dans les chambrées situées dans les étages sur des contre-cloisons intérieures constituées de carreaux de plâtre, bruts ou couverts d’un badigeon. Ils ont été soit gravés soit écrits au crayon, majoritairement par des internés juifs. Les plus anciens graffiti connus datent d’août 1941, leurs auteurs inscrivant alors leur nom et leur date d’arrivée au camp. Cette pratique se poursuit mais s’y ajoute bientôt une autre information : la date de départ. Adressés à tous et pour mémoire, ces graffiti deviennent un rituel pour de nombreux déportables, la veille ou le jour de leur départ."

 

Le monument aux déportés et un wagon de train ayant convoyés ces pauvres âmes à l'extermination constituent aujourd'hui le mémorial du camp de Drancy. L'inscription du monument des déportés  invite le visiteur des lieux au recueil : « Passant, recueille-toi et n’oublie pas. » . Ces carreaux de plâtres présentent une charge émotionnelle forte et à l'instar de ce monument commémoratif, sont une source de mémoire qu'il faut perpétuer. Là est bien le sens de la préservation du patrimoine et des archives. 

 

Voici une petite sélection de ces carreaux de plâtre. Elle est tirée des vues proposées par les dites Archives Nationales. Les transcriptions de ces dessins, gravures, etc sont également celles des mêmes archives. Vous pouvez en découvrir bien d'autres en vous rendant sur ce lien suivant : https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/rechercheconsultation/consultation/ir/consultationIR.action?udId=root&consIr=&irId=FRAN_IR_053857&frontIr=&auSeinIR=false

 

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"En haut à gauche : "[nom illisible] / Hélène [graffiti raturés] / [illisible] et Illa / [nom illisible] I / IX" ; "[croix gammée]". A droite : "Départ ; Je m'en vais vers l'inconnu ; En suivant mon destin ; Et en laissant tristement ici ; Mon bonheur et mes chagrins ; La vie fut belle en ce pays ; Ou je n'ai plus le droit de rester ; [...] chose trop jolie ; Doit une fois cesser ; Adieu, oh pays de ma jeunesse ; Non, laisse moi crier Au Revoir ; [...] moi j'ai fait une promesse ; Je veux garder tout mon espoir ; WS. / 1er sept. 1942" ; "[croix gammée] (graffiti par incision superposé au poème)" 1942 - 1942

 

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1942 - 1942

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