Cela fait longtemps que je n'ai pas publié sur ce blog, mes recherches et la vie faisant que mon temps m'était ailleurs compté. Il n'en demeure pas moins que mes lectures et épouillages du Net m'ont amenée à venir glanner cette documentation d'un autre temps sur ce lieu où ont été pris en charge certains de mes aïeux: enfant abandonné, vieux décédé après une vie de labeurs. Avant de me mettre à une chronique familiale, je cherche toutes sources utiles. De fait, mes lectures m'ont amenée à la découverte de ce document. J'y joins en bas de ce billet une vidéo de l'IAE qui occupe désormais ces lieux. 

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Extrait de « Lille ancienne et moderne », par M. J. J. Regnault-Warin

 

         L’Hôpital général de Lille a été érigé en vertu des lettres de patentes du mois de juin 1738, pour y nourrir et entretenir les pauvres de la ville de tout âge et des deux sexes. Il a été conservé et soumis à quelques modifications. Celles qu’il a reçues de l’administration de M DIEUDONNE, préfet du département du Nord, commencent à lui donner une direction vraiment utile, et à corriger les abus énormes que l’anarchie y avoit introduits.

 

L’Hôpital général est un vaste bâtiment quarré, construit à la descente des remparts et près de la porte d’eau. L’air qui circule est aussi pur qu’il peut l’être dans un pays aussi marécageux souvent infesté d’exhalaisons carboniques et des miasmes du méphystisme. Cet édifice renferme dans son enceinte tout ce qui est nécessaire à un établissement de cette nature. On y trouve un moulin, une boulangerie, une brasserie. Le grain s’y moud, le pain s’y manipule, la bière s’y brasse pour les autres hospices. On a essayé depuis quelques temps d’y faire du vinaigre de grain, et cet essai a réussi. La farine que l’on emploie au pain des indigents n’est pas blutée. Celui des malades est fort blanc ; mais il est un peu dépouillé de substance nutritive, travaillé lâchement et n’est point assez fermenté. Ces défauts sont communs à tous les pains blancs de Flandre, et singulièrement à celui qu’on désigne à Lille sous le nom de pain Français.

Les approvisionnements de l’hôpital-général se font de cette manière : pour la viande par un entrepreneur, à prix convenu ; pour les grains, par un administrateur des hospices, ordinairement par approvisionnement, lorsque les achats sont le moins dispendieux.

         L’hôpital général a conservé sa destination, qui étoit de recevoir des vieillards et des enfants de l’un et l’autre sexe. La population habituellement est de dix-huit à dix-neuf cens personnes. Elle étoit en 1762 de près de deux mille   deux cens.

Au-dessous du rez-de-chaussée sont pratiqués de vastes sous terrains voutés, dans lesquels on a établi les cuisines, les celliers et les magasins. Le rez-de-chaussée est occupé par les réfectoires et les ateliers. Le premier étage est le logement des vieillards

 Le second et les combles servent aux enfants. La distribution supérieure étant la même que celle de dessous, un long corridor a suffi pour la communication de toutes les pièces. Elles reçoivent toutes l'air et la lumière de deux côtés; d'abord par celui qui ouvre, d'une part sur le rempart, et d'un autre sur une rue; ensuite par le corridor, qui lui-même prend jour sur la cour. Chaque sexe a ses salles séparées; mais en général elles sont, pour ainsi dire, encombrées; il en est dans lesquelles on compte quatre-vingts ou cent lits. La salubrité, qui dépend en grande partie, de la libre circulation de l'air, exigeroit qu'on enlevât ceux qui forment la file du milieu. Les vieillards et les infirmes couchent seuls ; plusieurs infirmeries sont destinées aux malades. On oblige à travailler les vieillards qui ont encore de la force; en ne les surchargeant point, c'est un service qu'on leur rend, puisqu'on les soustrait aux souvenirs et aux chagrins de leur âge. Les enfants couchent deux à deux, un grand avec un petit. Il y auroit plus d'une observation à faire sur cet usage; la morale, autant que l'hygiène en démontreroient avec facilité les inconvénients.

Les garçons, pour la plupart, apprennent les métiers de tailleur, de cordonnier et autres. Quelques-uns, demandés par des ouvriers de la ville, y reçoivent les éléments de différents états. Le costume de ces enfants, très-délabré dans les jours de travail, mais assez propre aux jours de-fêtes, est brun avec un collet jaune.

Le travail habituel des filles est la dentelle. Celle qu'on appelle fonds de Paris est assez solide et estimée ; mais elle n'a ni la forcée des Valenciennes, ni l'élégance des Malines. Le produit des labeurs de ces enfants est pour l'hôpital. Seulement, à l'époque de leur sortie, qui est fixée à vingt ans, elles reçoivent un petit trousseau d'une trop modique valeur. Leur costume est uniforme, et de couleur vert foncé.

La nourriture qu'on distribue à l'hôpital est médiocre. Une seule fois par semaine on donne de la viande et du bouillon; pendant les trois jours suivants des légumes et du fromage, et durant les trois derniers du pain et de l'eau. Ce qu'on appelle en Flandre tartine, c'est- à - dire, une légère couche de beurre étendue entre-deux tranches de pain, ne s'accorde que rarement. Il semble que ce régime soit susceptible d'une répartition plus satisfaisante, et même d'améliorations essentielles.

L'hôpital-général, tel qu'il se comporte, est une institution majeure qui doit attirer souvent l'œil du gouvernement et les soins de l'administration.

Dans une des ailes de ce grand bâtiment étoit établi l'Hôtel-Dieu pour les femmes malades ; il vient d'être transféré à l'Hospice S. Sauveur. Celui-ci, réorganisé depuis peu, offre quelques changements. De l'église on a fait une salle où les malades reposent dans des lits enrichis de sculpture. Ces malades couchent seuls ; mais leurs salles, quoique d'une grande élévation, ne sont pas échauffées. On évalue à moins de vingt-quatre sols la dépense que fait journellement chacun d'eux. Il existe, dans le même Hôpital, une salle où l'on est admis, moyennant 3o sols par jour. La quinzaine se paye d'avance.

C'est surtout à l'extinction de l’oisiveté, que s'est attachée l'administration nouvelle dans la régénération commencée des hôpitaux. On ne peut trop louer ses efforts. Ils sont déjà couronnés par de véritables succès; car, outre les métiers dont nous avons déjà parlé, et auxquels on astreint les jeunes gens, il en est d'autres d'institutions récentes qui les occupent avec autant de profit. Tels sont ceux qui tiennent à la filature, à la tisserie. S'il étoit possible, d'une part, de soutenir le courage des jeunes travailleurs par un régime plus substantiel et plus doux; de l'autre, de lui donner, par l’établissement de primes et de récompenses honorifiques et pécuniaires, des véhicules décisifs; nul doute qu'il ne résultat de cette double amélioration le bien le plus satisfaisante "L'auteur de L’annuaire du département du nord, pour l'an 11 ( 18o3), a émis une partie de ce vœu; et comme, en qualité de secrétaire du préfet du Nord, on peut le considérer, dans ce genre de travail surtout, comme l’organe de cet administrateur , on a droit d'espérer, qu'à cet égard, ses projets bienfaisants et ses opérations conservatrices s'accorderont avec la pensée des gens de bien.

La gestion de l’hôpital-général, aussi bien que celle des autres hospices, est confiée à une commission administrative composée de neuf citoyens. Leurs revenus sont de 267,637 Fr., auxquels il faut ajouter un supplément considérable sur l'octroi.

On dépose aux hospices les enfants abandonnés. Quand ils viennent de naître, on les envoie, dans les campagnes voisines, chez des nourrices qui se sont fait inscrire d'avance.

Le dépôt de mendicité, qu'il seroit à désirer qu'on changeât en atelier de travail, renferme quelques vagabonds sans asile ni aveu, et un certain nombre de filles publiques, tombées par leurs dérèglements, dans l'abime de la misère et de la maladie.

De deux maisons de réclusion existantes dans Lille pour les insensés, l'une, destinée aux hommes a été réunie, avec celle de Bavay, à Armentières, où elle est dirigée par les frères du tiers-ordre, dits Bons-Fils. L’autre où l'on enferme les femmes, est tenue par d'autres femmes, sous la direction d'un économe. La population de cette dernière est habituellement de 60 à 70 personnes. On n'est admis parmi elles, qu'en vertu d'un arrêté du préfet.

On a enfin rappelé aux services des pauvres et au soulagement des malades, les dignes filles de Vincent de Paul et de madame le Gras. Les sœurs de la charité, convoquées par le gouvernement, ont oublié les procédés infâmes de l'ingratitude. Elles ont pleuré de joie en revoyant le chevet des moribonds. Ah! Quelle étrange religion, que celle-là qui paye du sacrifice même de la vie, humiliation, la misère et les injures !

Le préfet a établi à Lille, comme dans presque toutes les communes de son ressort, un bureau de bienfaisance, chargé de conserver le patrimoine des pauvres et de distribuer des secours à domicile. Ce patrimoine et ces secours se composent de biens fonciers qui y sont affectés; des suppléments levés sur les maisons de spectacle; des quêtes faites dans les églises ou ailleurs, et des produits de l'octroi. On porte à près du cinquième de la population le nombre des mendiants à Lille.

Lille ancienne et moderne , par M. J. J. Regnault-Warin

Auteur : Regnault-Warin, Jean-Joseph (1775-1844)

Éditeur : Castiaux (Lille)

Date d'édition : 1803

Format : XXII-336 p. : planche ; in-16

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-LK7-4013

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31188753s

Provenance : bnf.fr

 

IAE de Lille - Le bleu tôt