Avertissement : ce billet est le dernier d'une série de publications... Je vous conseille fortement de lire chronologiquement celles-ci. 

 

            Et la mère dans tout cela ? Virginie Joseph Galand ?

            Penchons-nous en premier lieu sur la naissance de celle-ci. Elle est bien née à Lompret comme cela est déclaré dans les actes de naissance de ses enfants. Elle y est déclarée le 24 mars 1807, née la veille à 22h00, fille de Pierre François Joseph Galand, boucher âgé de 41 ans et de Françoise Henriette Joseph Catrise. La déclaration de naissance est assurée par la présence des témoins suivants : Jean Baptiste Dillies, 37 ans, laboureur et Antoine Joseph Galand, journalier de 68 ans. (Acte n°7, p 245/955, NMD Lompret 1793-1851)

            Nous l’avons vu, Virginie Joseph Galand quitte son village de Lompret pour la ville de Lille où elle s’y installe au plus tard vers 1831. Etait-elle déjà enceinte quand elle s’est rendue à Lille ? A-t-elle au contraire voulu quitter son village pour tenter sa chance et se forger meilleure condition ? S’impose ici la nécessité de préciser que Virginie Joseph Galand est issue d’une fratrie, qui à ma connaissance, compte 6 enfants. Sa sœur aînée, Aimé Ruphine Joseph Galand, née en 1796, donne par deux fois naissances à des enfants naturels en 1816 et en 1819, nés tous deux au domicile des parents Galand/Catrise. La première de ces naissances est déclarée par la mère Catrise, la seconde par la sage-femme. Nul doute que ces circonstances « particulières » éclairent quelque peu le contexte familial de Virginie Joseph Galand. La condition de « fille-mère » porte honte, rejet tant de la concernée, de son enfant que de la famille dont elle est issue. Imaginons Virginie Joseph Galand découvrant quelques années plus tard sa grossesse  au regard de l’expérience de sa sœur ainée ! Cela donne un peu plus de consistance au parcours de notre intéressée….

            Virginie accouche donc d’une fille Virginie en 1831, d’un fils Joseph en 1833. Peu après la naissance et l’abandon de celui-ci, l’état-civil de la ville de Lille nous renseigne sur la naissance d’un enfant né le 01er janvier 1835, au domicile de sa mère Virginie Joseph Galand, au n° 83 rue de la Baignerie. Il est déclaré par « Thérèse Beuvlet », accoucheuse, nommé Jules Galand, déclaration assistée de Louis Dollet et Henri Lemaire, journaliers lillois. La mère est native de Lompret, lingère de son état, âgée de 27 ans.

(Acte n°1, p 2/994, Lille Naissances 1835-1836)

Le petit Jules est confié dans la foulée à l’hospice général, rejoignant la trajectoire de ses aînés, y étant passés peu avant lui. A la différence que Jules décède en nourrice, le 12 janvier 1835 à Baisieux, chez Ferdinand Parent, son nourricier à qui il  avait été confié.

 (Acte n°7, p 262/830, NMD Baisieux 1823-1842)

   Après la courte et funeste existence de Jules, il faudra peu de temps avant que Victoire Joseph Galand ne réapparaisse. C’est à l’occasion de la célébration de son union qu’elle refait parler d’elle. Elle épouse le 12 aout 1835 Germain Joseph Linglemez, natif d’Annoeulin, résidant sur Lille depuis un an, rue des bouchers. Il est fils naturel de Marie Françoise Linglemez, résidante Lilloise, présente à cette célébration. Virginie Joseph Galand est alors déclarée comme journalière, résidant à Lille depuis plusieurs années, domiciliée elle-aussi rue des bouchers, assistée de ses parents présents également à la célébration de son union.

(Acte n° 989, p 224/967, Mariages 1835/1837)

Précision utile et assez déconcertante, il est mentionné une reconnaissance d’enfant, concomitante à cette union, d’une fillette, Rose Elia Lenglumée, née à Wazemmes, le 23 mars 1828. La lecture de cet acte de naissance nous renseigne là encore plus précisément sur la vie de Virginie Joseph Galand. Germain Lenglumée, erreur d’inscription à l’état-civil, est bel et bien Germain Joseph Linglemez, alors âgé de 22 ans, homme de confiance, domicilié Faubourg de Béthune. Il reconnait pour être son enfant, celui né de Virginie Joseph Galent, journalière, native de Lompret, âgée de 21 ans, domiciliée Faubourg de la Barre, au 37 Grande Rue (Acte n°78, p 445/816, Naissances Wazemmes 1823-1828)

Cette enfant Rose Elisa a donc vu sa mère enceinte par trois fois sans que les enfants issus de ces grossesses ne la rejoignent vivre dans son quotidien. Qu’est-ce que cela peut alors signifier ? Virginie, Joseph et Jules étaient-ils le fruit de relations de leur mère avec un autre homme que Germain ? Si ce n’est pas le cas, qu’est-ce qui peut expliquer que Rose Elisa, première fille de Virginie, au demeurant, soit la seule enfant qui ait été gardée auprès de sa mère ? Il est vrai que Virginie Joseph ne se soit guère laissé le temps de s’attacher aux enfants venant après Rose Elisa, ayant été abandonnés le jour même de leur naissance. 

Je n’ai retrouvé qu’un seul autre enfant issu du couple Linglemez/Galant. J’ai failli passer à côté de cette naissance, et pour cause : elle a eu lieu le 29 novembre 1835 à Lille, soit 9 mois après la naissance de Jules Galand ! Jean Louis Linglemet est né au domicile de ses parents au 6 rue des Bouchers (Acte n°2282, p 597/1001, Naissances Lille, 1835-1836)

Rose Elisa décède le 25 juillet 1847 à Fives. Le déclarant de son décès est Auguste Marga, ouvrier pâtissier âgé de 28 ans, son beau-père. Germain Joseph Linglemez est déclaré décédé à Lille, Virginie Joseph et notifiée comme journalière, vivant avec Auguste au 12 rue de l’argillière (Acte n°48, p 307/722, NMD Fives, 1841-1854)

On retrouve le décès de Germain Joseph déclaré le 03 aout 1842 à Lille. Il était hospitalisé à l’hôpital Saint Sauveur où il y est décédé le 31 juillet 1842 à l’âge de 36 ans. Le domicile du couple est alors situé au 25 rue des Robles, Virginie Joseph est journalière (Acte n°1471, p 393/936, Décès Lille 1842-1843)

Trois ans plus tard, le 12 mai 1845 toujours à Lille, Virginie Joseph Galand s’unit à Auguste Joseph Marga, né en 1819, soit 12 ans plus jeune que sa promise. Il est né à Ascq, réside Rue des Robles depuis 3 ans. Ses parents sont tous deux décédés. Il est déclaré qu’il est garçon de magasin. Virginie Joseph, toujours journalière, est domiciliée Rue des Robles à Lille. Son père est décédé, sa mère résidante lilloise est présente (Acte n° 210, p 870/1130, Mariages Lille 1843-1845)

Là encore, je ne trouve pas d’enfants issus de ce couple Marga/Galant.

Auguste décède à Lille, le 31 aout 1866, âgé de 47 ans. Il est décédé à son domicile, Cour Bapaume où y réside Virginie Joseph Galant (Acte n° 3856, p 405/944, Décès Lille 1866)

            Pour fermer l’histoire de Virginie Joseph Galant, son acte de décès démontre que cette femme a bien traversé le 19ème siècle, étant disparue le 25 aout 1899, à l’honorable âge de 92 ans ! Veuve de deux hommes, elle a achevé sa vie au 63 avenue de Dunkerque à Lille. Elle a survécu 1 an à sa fille Virginie, 19 ans à son fils Joseph (Acte n°2791, p 984/1490, Décès Lille 1899)

 

            Virginie et Joseph ont-ils pu accéder à toute cette tranche de vie, de laquelle ils ont peu ou prou été évincés, de par leur précoce abandon ? Revenons brièvement sur la demande d’informations émanant de l’administration des hospices de Cambrai. Virginie et Joseph sont-ils frère et sœur, enfants de Virginie Joseph Galant.

La réponse qui leur a été offerte la 10 octobre 1862 a permis de clarifier cette question et de les assurer tous deux qu’ils ont vécu le même abandon de la même mère. Toutefois, on ne peut balayer drastiquement les propos qu’aurait tenu leur mère interrogée alors sur ses enfants : « Elle a, au contraire, appris à sa fille qu'elle a perdu son fils & à son fils que sa fille a cessé d'exister & cette double confidence n'a fait qu'ajouter à l'incertitude de Joseph » Galand.

 

Cette « double confidence » s’avère, à l’éclairage de ce condensé de vie que je vous propose, vraie et pour deux raisons.

Virginie Joseph Galant a bien perdu deux enfants, savoir Jules et Rose Elisa. Elle a également perdu dans les turpitudes de sa vie Virginie et Joseph. Nul ne saura dire si cette mère, visitée par ses deux enfants abandonnés 30 plus tôt, ne les a pas vu venir de loin ou si convaincue de ses propos, elle en avait oublié ces deux enfants….

Dans un autre domaine, ce qui n’est nullement abordé ici, et pour cause, nous ne pouvons savoir par quel procédé Virginie a pu prendre connaissance de l’existence de Joseph, ni comment elle a pris contact avec lui, d’un bout à l’autre du département du Nord….

Telle est la difficulté qui se dresse à tout chercheur d’histoires familiales. Les registres renseignent particulièrement bien sur les dates, les unions, naissances, décès, abandons (quoi qu’encore cela reste discutable). Pourtant, rien ne permet au chercheur d’investiguer dans la psychologie des hommes et femmes qui nous ont précédés.