Mes recherches m’ont conduite à accéder aux dossiers d’enfants ayant été abandonnés au début du 19° siècle. Ma curiosité me pousse à m’informer sur les us et coutumes de l’époque à cet égard. Mes visites aux archives départementales du Nord ont été riches. Elles permettent de dénicher des parcours de vie sinistres au regard de nos codes moraux de ce 21° siècle. C'est avec joie que l'on découvre parfois des parents sortant d’incarcération ou d’hospitalisation, faisant la démarche de récupérer leurs enfantsconfiés en leur « absence » aux hospices de la ville de Lille. D’autres destins sont bien plus funestes. J’ai retrouvé quelques descendants de ces enfants. Je les ai contactés. J’attends leur réponse ! Ce soir, je vous confie une perle. Elle me tient à cœur. Elle est poignante, désespérante, tellementd’actualité finalement…. Belle d’un attachement « viscéral », vous le comprendrez à sa lecture.

Lille, début 19°, dans le Vieux-Lille connu aujourd’hui dans cette appellation pour être un quartier riche, prospère, aux vielles et belles pierres. En 1818, ce Vieux-Lille est un amoncellement de vieilles rues toutes aussi mal famées les unes que les autres. ! Un lieu qui côtoie la misère, le désespoir la vie en cave, la surpopulation, la faim, l’étouffement, et au bout du couloir, la mort imminente.

Voilà donc le désespoir de cette mère de 4 enfants, le père ayant brutalement quitté le foyer, laissant sa famille aux abois. La mère, cette belle Rose, flétrie bien trop vite par une vie misérable, est enceinte de son cinquième enfant. Elle a lutté, fait tout ce qui était en son pouvoir pour nourrir ses marmots. En vain. C’est la mort dans l’âme qu’elle rédige cette lettre et en appelle au secours des autorités.

Je vous laisse découvrir celle-ci

  "A Monsieur Faille Commissaire

Pardon Monsieur, de la liberté que je prends de vous écrire. Vous avez

il y a environ 6 semaines, envoyé chez moi, un petit garde police

pour constater la misère affreuse où je me trouve. Vous avez eu la bonté

de m'envoyer des pommes de terre et fait tout ce que l'humanité vous

dictait pour m'aider. Le même garde de police m'a procuré de temps en temps

du pain, me disant que c'était de la part du Préfet. Et c'était peu pour

vivre et trop pour mourir, n'ayant que 12 livres de pain du pauvre

tous les mois. J'ai été samedi dernier pour avoir un ou deux pains. Il me l'a

refusé. La divine providence a permis que dimanche le petit garde m'a

apporté 6 livres de pains me disant que c'était tout, tout de Mr le

Préfet que de M. Lemaire. Ce qui a prolongé notre malheureuse

existence jusqu'à ce jour fatal où je me trouve obligée d'abandonner

mes pauvres enfants. J'avais demandé d'en placer deux.

Mes papiers sont à la Préfecture. Mes idées était de me détruire mais mes entrailles

maternelles se retournent à cette pensée. Je commettrais deux crimes au lieu d'un.
Je porte donc de préférence et j'abandonne de préférence mes enfants

quoi que avec la plus vive peine, ne pouvant les nourrir.

Je vais encore bientôt être mère et ne sais où trouver un asile pour

le mettre au monde. Monsieur, quel état que le mien. Beaucoup

se sont défaits qu'il n'en avait pas autant de sujet que moi. Je vous

supplie, de Grace, à ce que l'on veille pour que mes enfants ne

souffrent pas de la faim dans ma cave. Je demande pardon

à Dieu et aux autorités de l'abandon que je fais et l'affreuse

misère qui me force et qui cause mon malheur.

 

Salut et respect.

Rose Cousin"

 

Sources: 

Archives Départementales du Nord

96 J 96